Post-partum?

Le terme post-partum désigne la période entre l’accouchement et le retour des règles de la femme. Outre l’important changement hormonal vécu par la mère, cette période est un véritable bouleversement pour cette dernière. Le corps ne fonctionne plus de la même manière et ne se ressemble plus, il y a la montée laiteuse, la fatigue, le deuil de notre liberté de décider de notre horaire de la journée (et de nos nuits!), la difficulté à s’alimenter à une heure raisonnable, difficulté à se laver dans un délai raisonnable, l’immense responsabilité qu’est de répondre aux besoins d’un autre être humain 100% dépendant de soit (et le stress de bien le faire!). Bref, le défi de l’accouchement, aussi intense soit-il, n’était que la pointe de l’iceberg!

On se prend pour des Wonder Womans, on ne se trouve jamais assez performante, jamais assez bonne… Mais pourquoi bébé pleurs autant!!! Donc on est là à nous auto-intimider, à nous rabaisser alors qu’on donne tout simplement le meilleur de nous, et même plus.

Dans tout cela, il y a la société, cette vilaine qui observe, critique, juge, et surtout nous rappelle constamment qu’on devrait faire ceci, qu’on devrait faire cela, que pour être une bonne maman, c’est comme ça que tu devrais faire!

Devant ces « éléments perturbateurs », ça ne vous étonnera surement pas d’apprendre que de 30 à 50% des femmes vivent un baby blues? Qu’environ 19% des femmes vivent une dépression post-partum? Et dans ce lot, une mère sur mille va même jusqu’à développer des psychoses périnatales pouvant mener au meurtre de l’enfant et au suicide de la mère…

Selon les anthropologues Stern G. et Kruckman L. (1983), il existe un lien évident entre la situation sociale de la mère et la dépression post-partum. Selon leurs études menées aux États-Unis, ils ont conclu que la dépression post-partum provient d’un manque d’organisation sociale des événements suivant la naissance de l’enfant, d’un manque de considération, de soutien et d’aide à long terme pour la nouvelle mère. La plupart des sociétés ont en effet des rituels et des cérémonies pour encadrer les périodes ou événements importants, ainsi certaines sociétés célèbrent toujours la venue au monde d’un enfant. Ce rituel est censé aider la mère à mieux vivre cette transition de femme enceinte à mère d’un nouveau-né. Ces rituels constituent aussi pour la mère une période d’enveloppement et de sécurisation visant à briser son isolement. Chez les Wolofs, en Afrique de l’Ouest, ils ont un rituel de « séparation de la mère et de l’enfant », qui a lieu peu après la naissance, où il est rappelé à la mère que son enfant fait maintenant partit de la communauté, et que tous sont là pour la soutenir et l’aider dans cette transition, et dans l’éducation de l’enfant. Que la mère et l’enfant sont maintenant deux êtres bien distincts et non plus un corps contenu dans l’autre. Ils font vivre l’adage : Il faut tout un village pour élever des enfants… Un soutien de la part de l’entourage, la présence et la dimension de la famille paraissent constituer des éléments protecteurs contre les risques de dépression post-partum.

Il est normal, suite au suivi prénatal fort présent tout au long de la grossesse et qui cesse pratiquement du jour au lendemain, que la mère se sente soudainement abandonnée à elle même et sans importance.

Prenons par exemple le suivi sage-femme. La future mère est traitée comme une déesse des mois durant, ayant une oreille à tout moment pour répondre à ses questions et inquiétudes, pour la rassurer dans cette période de grand changement où la mère est le véhicule d’une petite vie qui grandit en elle et qui dépend de ses gestes pour survivre. Suite à la naissance, cette relation privilégiée s’échelonne sur 5 semaines, pour ensuite laisser place au vide. Il n’y a plus de soutien, on est plus des déesses. On redevient nous, mais en plus fatiguée, en moins bien arrangée, avec le ventre mou et une légère odeur de régurgite qui nous suit… Je l’ai toujours dit : le suivi sage-femme devrait s’échelonner sur 5 mois et non 5 semaines!

Et si la société venait jouer le rôle de la sage-femme? Et si, en entrant dans un restaurant, le placier s’offrait pour prendre la coquille de bébé pour l’amener à sa table? Et si l’on recevait une bouteille d’eau lorsque l’on allaite en public afin d’assouvir notre soif également? Et si l’on offrait à la maman les mains chargées de l’épicerie et de bébé, de mettre sa commande dans l’auto ou encore de ranger le panier d’épicerie à sa place? Et si, lors d’une crise qui manifestement épuise la mère et la fait sentir mal de déranger, on allait la voir pour lui dire qu’elle est une mère merveilleuse, et que l’attitude de son enfant est normale, que ça va passer… Et si on allait vers la maman d’un nourrisson pour simplement discuter, et lui demander comment elle va?

Ces petits gestes ne peuvent que faire du bien, et ne coûtent pas cher! Il faut cesser d’avoir peur de déranger, d’aller de l’avant et faire plaisir. Faire plaisir à nous (parce que de faire sourire fait toujours plaisir!) et faire plaisir à l’autre, tout simplement! On peut donc conclure que c’est ensemble que le post-partum ne sera plus une zone grise (ou noir), mais plutôt un moment difficile, mais agréable à vivre! Soyez la différence…