Je n’ai pas honte de le dire…

Je suis devenue mère assez dramatiquement, rien n’aurait pu soupçonner une fin de grossesse aussi drastique…

Je suis l’une de ces chanceuses en qui la vie arrive en moi facilement. Comme on le dit souvent moi et mon mari, il me regarde et je tombe enceinte! Ma première grossesse s’est bien passée, sans nausée ni gros pépins. Nous avions prévu un accouchement à l’hôpital, et mon médecin de suivis était des plus agréable. Un jour, alors que j’étais dans ma 36e semaine de grossesse, les Braxton Hicks ont fait place à de vraies contractions douloureuses… Déjà? Bébé voulait arriver, et ce, 1 mois à l’avance… L’inquiétude m’envahissait, ai-je fait quelque chose de mal? Suis-je une mauvaise mère avant même l’arrivée de mon bébé? La culpabilité régnait, le petit tour de tracteur que j’ai fait lors de la journée porte ouverte des fermes… C’est de ma faute si bébé arrive aussi tôt, j’en suis certaine…

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J’ai eu 3 jours de contractions aux 5 minutes. Vous pouvez vous imaginer à quel point j’avais envie de l’épidurale lorsque je suis arrivée à l’hôpital! Je me souviens du moment exact où l’anesthésiste m’a fait l’injection. Je regardais mon conjoint dans les yeux, et non, ce n’était pas des yeux amoureux! 30 minutes plus tard, je dormais tranquillement. Enfin un peu de repos dans cette douleur intense… Une infirmière est arrivée et m’a injecté quelque chose. Je ne sais pas quoi, parce qu’à l’hôpital on ne nous parle pas vraiment. On subit, parce que nous on sait pas. Et bien pour subir on a subi en tabarouette. L’infirmière s’était trompée. Trop grosse dose d’un produit inutile à ce moment du travail. La contraction n’arrêtait plus, mon placenta a décollé comme un sparadrap que l’on veut arracher le plus vite possible. Ça équivaut à trancher la jugulaire de la maman et du bébé. Les infirmières se rendent comptent de l’erreur, et une mare de sang se répand sur le sol. Bébé est en détresse et maman aussi. J’ai eu droit au grand plongeon du docteur, celui qui est fait d’urgence lorsque l’on ne peut se rendre à temps en salle d’opération. Bébé a été arraché de mon ventre et installé sur la table de réanimation. Les plus longues 7,30 minutes de ma vie. Je remercie la vie tous les jours qu’il ai finalement pris son premier souffle. Il a ensuite été amené à la pouponnière, où ils ont décidé de le transférer dans autre établissement. Mon mari m’a amené en catastrophe en fauteuil roulant pour intercepter la civière de mon bébé avant qu’il quitte en ambulance. C’était la première fois que je voyais mon bébé, la première fois où je lui ai pris la main. Cette toute petite main au bout de mes doigts, si loin, tout au fond de l’incubateur… Je lui ai demandé de tenir bon, et de me revenir pour que finalement je puisse le prendre dans mes bras.

 

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Bébé est donc parti de son côté, aux yeux de tous mes proches qui sont venus célébrer la naissance, sachant que j’accouchais. Mon mari m’a reconduit à ma chambre pour que je me repose. Dans ce long corridor, où j’entendais des bébés pleurer dans chacune des chambres, il me demande doucement : « Est-ce que ça va? » Est-ce que ça va?… Dans un murmure, je lui réponds : « Non… J’ai une tuque, j’ai des petites pantoufles (parce que oui, les infirmières ont osé me remettre ces premiers effets), mais je n’ai pas de bébé… Non, ça ne va pas… » Il devait y avoir 20 personnes dans ma chambre ce jour-là, et pourtant on pouvait entendre une mouche voler. Ma mère arrive à son tour, avec aucune idée de ce qui pouvait bien se passer. J’ai beau être une femme, une adulte étant maman à son tour, j’avais besoin de ses bras et de son réconfort plus que tout. J’ai fondu en larme, hurlant ma douleur. Elle me disait au creux de l’oreille que ça va aller, la voix tremblante… Pour ensuite sortir de la chambre et s’effondrer à son tour, en secret.

J’ai rencontré mon fils alors qu’il avait 52 heures de vie. J’ai enfin pris mon bébé dans mes bras. Quelle joie de sentir ce petit être chaud sur moi! Merci la vie! Et à 58 heures de vie, l’hôpital nous mettait dehors, ils avaient besoin de la chambre. Encore une fois, le personnel hospitalier avait oublié qu’il traitait des humains et non des numéros.

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Mon retour à la maison n’était pas facile. Mon bébé était un BABI (bébé aux besoins intenses). Outre les douleurs causées par l’accouchement, l’allaitement me faisait souffrir (à en avoir les orteils qui frisent à chaque tétée) et les nuits étaient inexistantes. Lorsque mon conjoint a dû retourner travailler, j’ai sombré dans une déprime assez importante, mais ça, je ne pouvais me l’avouer, et encore moins en parler! Voyons donc, ton bébé est là! Tu devrais être heureuse et pimpante de joie! Mais non, j’étais terne et triste. Je vivais que pour mon bébé, oubliant de manger et de me doucher. Lors des vaccins, j’ai passé des tests au CLSC afin de voir si je souffrais de dépression post-partum. Bien sûr, j’ai menti. Avoir mal en dedans, souffrir dans ma tête? C’était une honte, et il n’était pas question que quelqu’un le saches voyons… Mon mari fut patient, très patient. Il essayait de m’en parler et de m’aider, mais j’étais fermée à l’idée d’avoir besoin d’aide. Je lui disais simplement : « J’ai hâte de me sentir comme une maman ». Bien que je m’occupais très bien de mon bébé, je ne me sentais pas épanouie. Je ne sentais pas que ce rôle m’appartenait. J’étais déjà suivi par une psychologue à cause de la naissance extrême de mon fils, et elle n’a jamais remarqué ma détresse. C’est voir à quel point il est difficile de diagnostiquer la dépression Post-partum! J’ai joué une façade longtemps. J’ai été seule longtemps… Les amies ne veulent pas téléphoner et déranger. Elles savent que bébé est difficile et ne veulent surtout pas courir le risque de me réveiller et/ou réveiller bébé, alors on appelle plus. Pour finalement en venir par ne plus se voir du tout… J’ai vécu une autre grossesse, et un autre accouchement (en maison de naissance cette fois!). Encore là, mon moral jouait au yoyo. Je n’étais pas tout à fait rétabli, et je le savais. Ce qui me faisait du bien? De sortir de chez moi, de travailler, de faire des activités. Même d’avoir la psy à la maison me faisait, du bien!

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J’ai donc continué dans cette voie, en cherchant à me faire de nouveaux amis, en sortant le plus possible avec les enfants. Le social me redonnait confiance en moi et en mes capacités de maman. Oui, c’était du sport, mais j’étais fière de moi. Fière à chaque fois où je me battais contre moi même pour sortir et vaincre ma solitude, fière d’enfin reprendre goût au bonheur. Mais au fond de moi, il restait encore un petit tas de braises menaçant de s’enflammer à tout moment.

Lorsque je suis tombée enceinte de Béatrice, j’ai finalement demandé un nouveau suivi en psychologie, et ce pour traiter la dépression post-partum. J’étais prête, j’avais enfin assumé, 4 ans plus tard, que je ne passerais pas au travers sans aide professionnelle. Par chance, j’avais ce suivi lorsque l’incident au Centre Bell est survenu! Il est facile de démolir quelqu’un avec des mots, de l’autre côté de son écran. Non seulement au Québec, mais l’Amérique au complet et même au-delà, des gens ont entendu parler de cette histoire. Je me suis fait lancer des pierres par beaucoup trop de gens de partout sur la planète! Tout ça parce que j’avais décidé de sortir et de vaincre la solitude. Parce que cette fois, j’allais vaincre la dépression… C’est drôle, parce qu’encore en ce moment, en écrivant ces lignes, j’ai honte de le dire. Oui, depuis bientôt 5 ans je suis en dépression Post-partum.

Mais ce que je n’ai pas honte de dire, c’est que je suis suivi. Je me soigne. J’en ai besoin et ça me fait du bien. Ce suivi m’a appris beaucoup sur ce tabou, ce qui m’aide à comprendre ce qui se passe chez moi, et à mieux vivre avec tout ça. Enfin, je l’accepte, et j’espère aider d’autres femmes à passer au travers cette période. D’accepter ma situation et aller chercher des soins professionnels a été l’un des plus beaux cadeaux que j’ai pu faire à moi et à ma famille.

Je souhaite de tout coeur qu’en lisant ceci, toi qui as le blues au fond de l’âme tu aies la force d’en parler et d’aller chercher de l’aide. Mets la honte de côté et parles-en. Et toi qui as une nouvelle maman dans ton entourage, n’hésite pas à l’appeler et à la déranger. N’hésite pas à insister pour la faire sortir de chez elle, pour lui amener un café, pour lui faire une « surprise party », pour lui dire que tu es là pour elle et que tu l’aimes. Ça ne peut que lui faire du bien.

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Faites partie du mouvement, brisons le silence et l’isolement. Ensemble, nous pouvons faire en sorte que post-partum n’égale plus dépression.

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#Vaincrelepostpartum

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3 réflexions sur “Je n’ai pas honte de le dire…

  1. Jessica Egan dit :

    Ah! Je t’aime mon amie! Je suis heureuse que la vie nous a mis sur le même chemin! J’ai eu le privilège de suivre la grossesse de bébé Béatrice et très fière de t’avoir accompagné à tes rendez-vous à la maison de naissance! Tu es génial!!! Bravo pour tout ce que tu fait pour aider les autres Maman à passez au travers! xxxx

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  2. Sophie dit :

    Je n’ai pas souffert de dépression post-partum mais cela a pris de temps avant que je sente que le bébé dans mes bras était ma fille et que je l’aimais. Heureusement, ma mère et ma soeur ont vécu la même chose m’ont aidé à normaliser mon vécu car cela me faisait sentir tellement coupable et comme si j’étais unej’étais une mauvaise mère. Elles ont aussi vécu des accouchements difficiles, avec complications, tout comme moi. Aujourd’hui, j’en parle ouvertement. Je veux que les autres femmes qui vivent les mêmes sentiments au début réalisent que cela se peut et que c’est normal de trouver ça difficile et que c’est ok d’aller chercher de l’aide. Si on faisait une cardiaque, on irait chercher de l’aide. Pour moi, il n’y a pas de différence.

    PS Moi aussi un de mes moyens était de sortir partout, avec ma fille. Je continue d’ailleurs aussi à le faire. Les arénas sont des endroits de sports et de famille. Je ne vois pas la différence avec les soccer moms qui amènent toutes leur marmaille au match. Toutefois, c’est plus facile de juger quelqu’un d’autre que se pencher sur soi.

    Merci pour ce partage d’une période difficile mais qui donne espoir

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  3. Krystou dit :

    Wow de lire ce text me touche bcp. Je suis dans la famille à jess et c’est une bonne marraine. Je suis contente pour toi que tu aille des personnes autour de toi qui prennent soin. Tu est fort pck maintenant comme tu le.dit si bien tu a pas honte et tu fait tout en ton pouvoir pour t’aider à passer au travers. Lâche pas ma belle tu est une survivor et une.fonceuse et sa tes enfants te le rendront. Xxx

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